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Jerry Fusenig & Enrico Bellina

Service Prévention

Pouvez-vous nous présenter les missions du service Prévention ?

Notre mission est d’accompagner les entreprises pour prévenir les accidents du travail et les maladies professionnelles. Notre action repose sur trois axes : le conseil sur le terrain pour identifier les risques, la sensibilisation et la formation aux bonnes pratiques, ainsi que l’élaboration de guides pratiques et de recommandations. Nous voulons prouver que la performance d’une entreprise va toujours de pair avec la sécurité de ceux qui y travaillent.

En quoi consistent les visites et conseils réalisés sur le terrain ?

Il s’agit d’un audit constructif réalisé avec l’entreprise. Par exemple, pour une exploitation agricole, nous évaluons d’abord avec l’agriculteur l’exploitation (bâtiments, machines, circulations), puis nous observons le travail en situation réelle, comme par exemple la manipulation du bétail ou les tâches physiques pénibles, pour prévenir les blessures graves et les troubles musculosquelettiques (TMS). Nous proposons ensuite des solutions pratiques, allant de la mesure immédiate à l’accompagnement sur le long terme (aide à la rédaction de l’évaluation des risques).

Pourquoi est-il important d’aller directement à la rencontre des exploitations agricoles et entreprises ?

Parce que chaque exploitation est unique et que lieu de travail et lieu de vie s’y confondent. Rien ne remplace l’analyse directe sur place. Cette proximité permet aussi de briser l’image d’une administration distante, d’instaurer une relation de confiance et de proposer des solutions pratiques en prenant en compte les contraintes réelles du métier, telles que la météo, les urgences des récoltes et la fatigue.

Quels types de risques observez-vous dans le secteur agricole ?

Nous ciblons principalement quatre catégories de dangers : les machines agricoles (première cause d’accidents graves), la manipulation des animaux, les chutes (de hauteur ou de plain-pied) et les risques chimiques ou sanitaires (produits phytosanitaires, gaz de lisier, poussières). Notre rôle est de raviver la vigilance face à des dangers qui, dans la vie quotidienne, sont devenus invisibles à cause des habitudes et de la routine.

Quel est l’objectif principal de vos conseils auprès des exploitants ?

Faire de la sécurité un levier de performance et de sérénité plutôt qu’une contrainte administrative. Il s’agit de préserver le capital humain de la ferme, de proposer des solutions simples qui ne ralentissent pas indûment le travail, et de faire en sorte que chaque assuré rentre chez lui en bonne santé à la fin de sa journée.

Comment sensibilisez-vous les personnes à la sécurité, à la santé et au bien-être au travail ?

Nous intervenons dans les lycées agricoles et directement sur le terrain. Au-delà de la sécurité physique, nous accordons une place majeure au bien-être et à la santé mentale. Le stress, l’isolement et la fatigue augmentent le risque d’accident. Nous restons à l’écoute des exploitants et les orientons vers des réseaux d’aide et de soutien spécialisés si nécessaire.

Quand avez-vous le sentiment qu’une visite a réellement eu un impact ?

Lorsqu’un déclic s’opère. La prudence initiale laisse place au dialogue et l’agriculteur cherche activement des solutions. L’impact est immédiat lorsqu’un équipement est sécurisé sur-le-champ, ou à plus long terme lorsqu’un exploitant nous recontacte spontanément pour nous présenter ses aménagements.

Quels conseils reviennent le plus souvent lors de vos visites ?

Principalement des conseils simples :

  • Pour les machines, protéger systématiquement les cardans et toujours couper le moteur avant d’intervenir.
  • Pour la circulation, organiser la cour de ferme pour supprimer les angles morts et séparer les engins et les piétons.
  • Prévenir les chutes de hauteur en sécurisant l’accès aux silos et aux bennes.
  • Pour le bétail, utiliser des équipements de contention adaptés.

Qu’appréciez-vous particulièrement dans le travail de terrain ?

Le contact humain avec des passionnés, la recherche de solutions sur mesure et la satisfaction de voir des résultats concrets qui rendent le travail plus sûr au quotidien.

Chaque visite est différente : comment adaptez-vous votre approche ?

Nous ajustons notre approche selon l’interlocuteur (accent mis sur la technologie et l’ergonomie chez les jeunes exploitants, retour d’expérience avec exploitants expérimentés pour interroger les habitudes et routines), la taille de la structure et l’état d’esprit du moment. La règle d’or est l’écoute active : comprendre la logique de travail de l’agriculteur pour y intégrer la sécurité, et non l’inverse.

Quels échanges vous marquent le plus lors de vos déplacements ?

Le récit de ceux qui ont échappé à un accident, la fierté des exploitants qui ont conçu leurs propres astuces de sécurité et les confidences sur la charge mentale et l’épuisement, où l’écoute humaine prend le dessus sur la technique.

Quelles sont les premières choses que vous observez en arrivant sur un site ?

Nous observons attentivement le rangement de la cour, la gestion des flux (engins / piétons / animaux), l’état du matériel visible et la sécurisation des zones critiques (fosses à lisier). Cela nous aide à adapter d’emblée notre approche.

Avez-vous le sentiment que la prévention évolue positivement ces dernières années ?

Oui. La jeune génération est très sensibilisée dès l’école, les progrès technologiques sur les machines renforcent la protection et la santé mentale n’est plus un tabou. Le défi majeur reste toutefois la pression économique et le travail isolé ou dans l’urgence.

Comment adaptez-vous vos actions de sensibilisation aux nouvelles générations ?

En montrant que la sécurité est un levier de rentabilité financière et d’efficacité et en mettant l’accent sur la qualité de vie au travail en intégrant d’office l’ergonomie pour préserver leur santé sur la durée.

Que souhaitez-vous transmettre à travers votre travail ?

Que l’humain est le capital le plus précieux de la ferme. Se protéger, c’est assurer la pérennité de son exploitation et de sa famille. Être un bon professionnel aujourd’hui, c’est être un professionnel qui prend soin de lui.